Européennes 2019: les cinq leçons de la carte des résultats

La Corse offre aux Verts leur meilleur score régional (21,97%)

 

En Corse, où le Rassemblement national (RN) est traditionnellement faible aux élections locales et fort aux élections nationales, le parti de Marine Le Pen arrive en tête, avec 27,74% des voix. L’ex-Front national gagne quelque 5000 voix par rapport à 2014. Mais la plus forte progression vient des Verts, alliés aux régionalistes cette année, et soutenus par les autonomistes corses au pouvoir dans l’île depuis 2015. Arrivée deuxième, la liste de Yannick Jadot obtient 21,97% soit près de 19.000 voix, contre 4,38% en 2014. Il s’agit de son meilleur score régional. Cette progression est toutefois en trompe-l’œil. Lors du précédent scrutin, il y a cinq ans, EELV et le parti régionaliste «Régions et peuples solidaires» (R&PS) avaient fait campagne en ordre dispersé. Les écologistes avaient alors obtenu 4,38% des voix (3500 voix), contre 21,51% pour les régionalistes (environ 17.000 voix). Ils avaient donc 1500 voix de plus en étant séparés.

François Alfonsi, député européen. Envers et contre tout

Élu au parlement européen en 2009, le maire d’Osani avait perdu son siège lors des élections de 2014. En renouant avec EELV, et malgré l’absence de soutien d’une grande partie des nationalistes, François Alfonsi fait son retour dans l’hémicycle strasbourgeois.

 

Sur la liste menée par Yannick Jadot, qui a réalisé plus de 23% hier soir, François Alfonsi pointait en neuvième position. Une position plus qu'honorable, qui lui a permis d'être élu. Une position qui était due à son statut de chef de file de la fédération Régions & Peuples Solidaires.

 

Le R&PS, c'est une fédération qui réunit des partis politiques régionalistes ou autonomistes de France. 

 

Entre les écologistes et R&PS, l’alliance remonte à loin.

 

Officialisée en 1989, ce partenariat avait permis à Max Simeoni d’être élu député européen. Et vingt ans plus tard, en 2009, c’est François Alfonsi qui, pour la première fois, avait fait le voyage jusqu’à Strasbourg. En 2014, pour le scrutin suivant, R&PS et François Alfonsi avaient été contraints de faire cavaliers seuls. Après des tractations sans fin au moment de la constitution de la liste commune, et une brouille, l’alliance avec les Verts avait tourné court. Et sans la force de frappe d’EELV, la liste n’avait obtenu que 0,75% des voix. François Alfonsi quittait donc le parlement européen.

 

Une majorité nationaliste en ordre dispersé

 

Hier, François Alfonsi, dans le sillage de Yannick Jadot et des Verts retrouvés, a triomphé.  Et il s'apprête à faire son retour à Strasbourg. Pour représenter les autonomistes insulaires. Mais aussi les autres. Lors de la campagne, le maire d’Osani l’avait déclaré : "Au –delà des nationalistes, je peux être le candidat de la Corse." Et c’était plutôt prudent, de ratisser large, à l'heure de convaincre les électeurs potentiels. Parce qu'il était difficile, alors que la campagne battait son plein, de compter sur les voix de la majorité nationaliste.

 

Le soutien était plutôt timide. Voire inexistant. Hormis chez Gilles Simeoni. Le président de l'Exécutif a soutenu le candidat, rappelant que la Corse avait besoin d’un député européen. Jusqu'à prendre la parole, le 21 mai dernier, au meeting parisien de Yannick Jadot. Mais chez Corsica Libera, en revanche, c'était un autre son de cloche.  François Alfonsi est un élu autonomiste, nationaliste, depuis plus de trente ans. Mais ce n'est pas suffisant pour obtenir le soutien de Corsica Libera. En 2019 comme en 2014. Plus surprenant, l'absence de consigne de vote du PNC, dont François Alfonsi a longtemps été un militant, et dont il fut élu porte-parole en 2002. 

 

La décision semble moins suprenante quand on sait que François Alfonsi et Jean-Christophe Angelini sont à couteaux tirés. 

Alors même si le PNC est proche, traditionnellement, de R&PS, pas question de soutenir le seul candidat corse en position éligible...

On s'en doute, Jean-Christophe Angelini balaie ces considérations personnelles d'un revers de main.

Porté par la vague verte qui s'est abattue sur l'Europe, mais également, et c'est plus rare, sur la France, François Alfonsi fera donc son retour au parlement européen, malgré le peu d'enthousiasme d'une partie des élus corses.  Reste maintenant à réussir à faire entendre sa voix dans la cacophonie de l'hémicycle strasbourgeois. L'expérience est là. Reste à savoir si cela suffira. 

 

 

Le parcours de François Alfonsi

 

Après des études en école d'ingénieur à Grenoble, François Alfonsi rentre en Corse, à 23 ans, pour enseigner les mathématiques à Vico. Nous sommes en 1976. L'affaire des boues rouges est encore dans toutes les têtes.

C'est à cette époque, que François Alfonsi développe une sensibilité environnementale. 

Très vite, il se détourne de l'enseignement pour devenir agent de développement au Parc Régional. En 1983, il prend part à la création de l'agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie. C'est au sein de l'ADEME qu'il poursuivra sa carrière. 

La même année, il entre en politique, en rejoignant les rangs de l'UPC (Unione di u Populu Corsu). Le mouvement nationaliste, fondé en 1977 par Max Simeoni, affiche de claires tendances autonomistes, teintées d'écologie.

En 1987, François Alfonsi est élu, avec Max Simeoni et Jacques Fieschi, à l'Assemblée de Corse. Il sera le président du groupe UPC. Il restera conseiller territorial jusqu'en 1998. 

En 2002 il est élu maire d'Osani, en Balagne. Il occupe toujours cette fonction. 

toujours en 2002, le PNC (Partitu di a Nazione Corsa) né de la fusion de l'UPC, dont Alfonsi est le secrétaire national, et des mouvements A Scleta Nova et A Mossa Naziunale. Il en devient le porte-parole. Avec max Simeoni et Fabienne Giovannini, il prendre également la tête du journal Arritti. 

Le 2 décembre dernier, le parti d'union Femu a Corsica voyait le jour. Il devait réunir les trois partis autonomistes Inseme, A Chjama Naziunale, et le PNC.

Et puis, deux jours avant l'officialisation de ce que l'on nous présentait comme le "grand parti de gouvernement", le PNC fait sécession. 

Jean-Christophe Angelini, membre de l'exécutif, mais également leader du PNC, avait, de toute évidence, d'autres projets. 

Une décision qui n'a pas convenu à François Alfonsi. 

Il adhère quand même à Femu a Corsica, et tourne le dos au parti qu'il a cofondé. Et peut-être, plus encore à Jean-Christophe Angelini. 

Des lignes de force mouvantes, qui expliquent peut-être, en grande partie, le concert discordant de la majorité nationaliste lors de la campagne des européennes. 

Européennes : le Parlement plus fragmenté que jamais

En Corse, les écolos deuxième grâce à leur alliance avec les régionalistes

 

Avec 23 % en Haute-Corse et 21 % en Corse-du-Sud. Yannick Jadot obtient d'excellents scores sur l'île de Beauté. Le fruit de son alliance avec les régionalistes, au pouvoir en Corse avec l'autonomiste Gilles Simeoni. C'est d'ailleurs un autre Corse, François Alfonsi, qui figurait en neuvième position sur la liste d'Europe Écologie-Les Verts au nom du mouvement Régions et Peuples solidaires. 

 

 

Une alliance historique et cohérente dans la mesure où les écologistes ont toujours été favorables à une "Europe des régions" et portent un discours fédéraliste qui contraste avec le jacobinisme de la plupart des grands mouvements politiques français. Ces bons scores n'empêchent toutefois pas le Rassemblement national de triompher. Jordan Bardella obtient en effet 26 % des voix en Haute-Corse et près de 30 % en Corse-du-Sud. 

François Alfonsi, seul euro-député pour la Corse

La Corse aura, à nouveau, un député à Bruxelles. Il s'agit de François Alfonsi, neuvième sur la liste conduite par Yannick Jadot, la liste Europe Ecologie Les Verts, créditée au niveau national de 12,8 % des suffrages exprimés.

 

La liste d'Europe Ecologie, sur laquelle figure François Alfonsi, arrive en troisième position, juste derrière celle du Rassemblement National et celle de La République En Marche. François Alfonsi était le seul co-lisitier corse en "position d'éligibilité". Il siégera donc pour cinq ans au Parlement européen.

François Alfonsi, 65 ans, vient ainsi de récupérer le siège d'euro-député qu'il avait occupé de 2009 à 2014.  Pour cette élection, il avait été désigné comme chef de file par Régions et Peuples Solidaires... La fédération de partis régionalistes ou autonomistes s'est alliée cette fois-ci aux écologistes... Ce n'était pas le cas en 2014 et François Alfonsi, alors tête de liste, avait échoué.  

 

François Alfonsi est par ailleurs depuis 2014 président de l'Alliance libre européenne, l'équivalent de Régions et Peuples Solidaires au niveau européen. Il est depuis 2002 le maire d'Osani, petite commune de l'Ouest Corse. Et il a été conseiller terrirotial à l'Assemblée de Corse de 1987 à 1998.  

 

A l'occasion de cette campagne 2019, François Alfonsi avait reçu le soutien de Gilles Simeoni et de son parti Femu a Corsica. Gilles Simeoni avait participé il y a quelques jours à Paris à l'un des meetings de la liste EELV. En revanche, les autres composantes de la majorité nationaliste, le PNC et Corsica Libera, avaient appelé pour leur part à l'abstention.

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Gilles Simeoni : "Ne pas voter pour François Alfonsi est une faute politique grave"

A l'occasion du meeting de clôture de campagne de François Alfonsi, candidat de Femu a Corsica aux élections européennes 2019, plus de 120 personnes étaient réunis ce mercredi 22 mai, à la salle polyvalente de Lupinu. Dernier virage avant les élections qui auront lieu les 25 et 26 mai prochains, celui qui représente la liste écologique conduite par Yannick Jadot -Europe Ecologie Les Verts : Régions et Peuples Solidaires- est revenu sur l'importance pour la Corse d'avoir son mot à dire dans les hautes-sphères européennes.

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