La question du feu doit se penser sur le temps long. Il faut également cesser d’abandonner des terres comme si elles ne pouvaient être rien d’autre qu’un aliment pour le feu.
Après la canicule viennent les feux. Certains disent même que « la saison des feux arrive après un mois d’avance » comme s’il y avait une sorte de fatalité. Nous savons que le changement climatique amplifie le phénomène. Mais le feu n’est pas une chose nouvelle. Les humains l’ont toujours affronté.
La solution proposée est en priorité celle de la technologie pour lutter contre les méga-feux. Plus d’avions bombardiers d’eau, plus de camions, plus d’argent pour acheter du matériel. Les méga-feux sont, et c’est une banalité que de le dire, de petits feux à l’origine, qui s’embrasent dans des zones isolées et mal débroussaillées. Il faut davantage réfléchir à trouver des moyens qui empêcheront ces feux de s’étendre.
L’absence d’activité humaine est un problème dans des territoires où vivaient autrefois des femmes et des hommes qui nettoyaient un peu chaque jour les bois, la garrigue de tout ce qui pouvait brûler. Il y avait aussi le bétail qui nettoyait pour se nourrir des lieux qui sont maintenant difficiles à défricher. Il y avait des villages avec des habitants qui s’empressaient de tuer un petit feu dès qu’il se déclarait. Il existait une « culture du feu ».
Il est possible de s’épargner de grands investissements en matériel. Il faut que soit rentable et attractive une utilisation agricole de terres qui sont aujourd’hui condamnées à bruler. Bien sûr qu’il faut du matériel moderne pour lutter contre des situations exceptionnelles mais il serait sûrement plus efficace de prendre le problème à la racine. Une réflexion sur l’urbanisme est indispensable. Les pompiers risquent leur vie en défendant des lieux d’habitations de plus en plus éparpillés. Le risque de pertes humaines le justifie, bien entendu. Mais cet urbanisme de plus en plus touristique change la nature des feux et en multiplie les sources. Le nombre de personnes laissant leur terrain sans entretien s’accroît.
Il sera très coûteux de privilégier la seule solution technologique. Arrêter d’artificialiser, aider au retour de troupeaux qui nettoieront, revenir à l’agriculture de terrains autour des villages coûtera un peu d‘argent mais sûrement moins que d’acheter toujours plus de matériel toujours plus coûteux. La technologie ne peut pas tout. Pour une adaptation au changement climatique et à ses conséquences, il faut chercher des solutions de nature diverse.
Le feu que l’on éteint facilement est celui que l’on a jamais allumé.