Elections européennes 2024 : « Face au retour des nationalismes, nous défendons l’idéal d’une Europe fédérale, forte et juste »

L’Europe et la France sont entrées dans une nouvelle ère. Un monde plus inquiétant où, à la catastrophe écologique, s’ajoutent chaque jour des menaces plus nombreuses sur les institutions démocratiques. Notre continent connaît à nouveau la guerre, alors que partout les propositions autoritaires fleurissent sur le terreau des difficultés économiques et des inquiétudes sociales. Elles prospèrent grâce à l’absence de projets politiques ambitieux, courageux et mobilisateurs.

 

Dans ce contexte, nous devons nous appuyer sur des principes clairs pour guider l’action politique, et dessiner un horizon à nos sociétés. C’est pour cela que nous disons avec force, alors qu’approchent les élections européennes et que le gouvernement français évoque une possible réforme de nos institutions, que le fédéralisme constitue pour nous un principe politique cardinal, qui permet de répondre efficacement aux défis qui sont devant nous. Parce que le fédéralisme garantit à la fois le respect des droits humains et le respect d’un ordre international juste et pacifique. Il promeut la reconnaissance des peuples, de leur diversité, de leur nécessaire autonomie. Il dit la volonté de les unir dans une perspective de partage et de solidarité, afin d’être plus forts ensemble. Parce que le fédéralisme réaffirme notre idéal démocratique. Il propose de rapprocher les citoyens des pouvoirs, de les faire participer plus et mieux à la gestion de leurs affaires, et de doter chaque échelon territorial de moyens et de marges d’action propres qui engagent la responsabilité de tous.

C’est la raison pour laquelle nous demandons l’approfondissement de la construction européenne dans le sens d’une Europe fédérale. La guerre en Ukraine, comme le Brexit et l’échec retentissant de l’isolationnisme britannique, qui a divisé plus que jamais les peuples de Grande Bretagne, ont mis en lumière la nécessaire union des démocraties européennes face aux périls autoritaires Il est aussi nécessaire, pour les mêmes raisons, que ces démocraties accordent la pleine autonomie dans leurs affaires internes à leurs nationalités.

Aussi demandons-nous la création d’une chambre des régions de l’Europe, un « Sénat des régions », travaillant en liaison avec le Parlement et l’exécutif de l’Union européenne. Ce Sénat doit être doté de vrais pouvoirs et représenter la voix des territoires au niveau de l’Union.

 

En France, le centralisme, qui est au cœur même de nos institutions et n’a cessé de se renforcer ces dernières années, alimente le malaise démocratique. En concentrant l’essentiel des pouvoirs à l’échelon national, et de plus en plus dans une seule personne, il participe de l’affaiblissement de la culture démocratique, désarme civiquement nos compatriotes, quand il ne les pousse pas vers de fausses solutions autoritaires.

Ce centralisme est néfaste pour lutter contre le changement climatique dans le domaine des transports (priorité donnée aux liaisons ferroviaires vers Paris) ou de l’énergie (relance du nucléaire), quand la résilience écologiste passe par des investissements massifs dans les déplacements du quotidien et les circuits d’énergie locaux.

Il est responsable de la disparition de langues et des cultures dites régionales, au détriment des peuples minorisés et de l’intelligence humaine toute entière.

C’est pourquoi nous sommes favorables à une réforme territoriale concertée, démocratique, respectueuse des volontés exprimées par les territoires, aux antipodes de la réforme de 2015 faite au mépris des territoires et de leurs habitants. Elle doit permettre aux régions historiques de l’espace français et aux territoires d’Outre-mer de bénéficier de collectivités territoriales propres, dotées d’une large autonomie. Elle doit donner lieu à la définition de régions à taille humaine, acceptée et reconnue par leurs habitants.

Nous demandons une profonde réforme fiscale. Le système infantilisant des dotations de l’État aux collectivités ne doit plus être la norme. La norme doit être la ressource fiscale propre des collectivités, alimentée par une fiscalité propre.

Nous demandons enfin un statut de co-officialité, aux côtés du français pour les langues dites « régionales ». C’est une œuvre de justice vis-à-vis des populations qui les parlent.

 

A l’heure du retour en force des nationalismes frileux et impérieux, nous nous proposons de défendre résolument l’idéal d’une Europe fédérale, forte et juste, lors des prochaines échéances et au-delà. Confiants dans le pouvoir de la démocratie, conscients que la justice passe par la reconnaissance de la diversité, et souhaitant pour les peuples d’Europe un avenir d’entente et de solidarité.

Tribune initiée par:

François Alfonsi, Président de Régions et Peuples Solidaires

Marine Tondelier, Secrétaire nationale d'EELV

Nicolas Berjoan, Responsable de la commission Régions et Fédéralisme d'EELV

David Grosclaude, Co-porte-parole de Régions et Peuples Solidaires

Liste des signataires