Accord sur le Climat: Paris organisé, Paris négocié, Paris ratifié mais Paris loin d'être respecté!

Le vendredi 4 novembre dernier, l'accord mondial sur le Climat, négocié à Paris lors de la COP 21, est entré en vigueur, moins d'un an après sa négociation. C'est une très bonne nouvelle pour le Climat mais les Etats signataires, notamment les Européens sont -très- loin du compte.

 

L'entrée en vigueur

Négocié par 195 pays du monde, une première mondiale, l'accord sur le Climat, dit l'accord de Paris, qui devait, pour entrer en vigueur, attendre le 30ème jour après avoir été ratifié par 55 pays représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre, l’a été officiellement le 4 novembre dernier.

 

Au 5 novembre, 97 des 197 pays l'avaient déjà ratifié et avec la ratification des Etats-Unis, de la Chine et des Etats européens, le seuil des 55% des émissions de gaz à effet de serre a été facilement franchi.

 

Cet accord historique prévoit de contenir l'élévation de la température de la Planète nettement en dessous de 2°C, et si possible de la limiter à + 1,5°C, par rapport aux niveaux préindustriels. Pour cela, les pays devront, en fonction de leurs moyens et de leurs responsabilités historiques, faire des efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et là, on est -très- loin du compte.

 

Le retard de l'Europe

 

L'Union Européenne a toujours été en tête de la lutte contre le réchauffement climatique, que ce soit parce qu'elle est en grande partie responsable de l'industrialisation du monde et donc du niveau de pollution, soit parce qu'en ayant épuisé ses ressources fossiles, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables sont l'avenir du vieux Continent, soit par conviction que le changement (climatique) c'est maintenant!

 

Pourtant, l'UE a tardé à ratifier l'accord de Paris, elle l'a fait après les Etats-Unis et la Chine, et elle tergiverse dans ses objectifs énergétiques pour 2030 et 2050, car elle est toujours sous la pression des lobbies, qu'ils soient les défenseurs du charbon, du gaz de schiste ou du nucléaire.

 

Et ce n'est pas un hasard si ce sont les grands pays, notamment centralisés, qui bloquent sur la transition énergétique (nucléaire en France et au Royaume-uni, charbon en Pologne...) car pour eux avant le climat, il y a les champions industriels à défendre. Et tant pis si les objectifs de Paris ne sont pas tenus! Et tant pis si une catastrophe nucléaire arrive en Europe! Et tant pis si les finances publiques, déjà exangues, sont mises à rude épreuve par des gabegies financières telles que l'EPR (centrale nucléaire de 3ème génération) en France, au Royaume-Uni et en Finlande ou tel que ITER (projet de fusion nucléaire qui a déjà triplé sont coût, multiplié les retards et n’a pas prévu de commercialiser le moindre MW d'électricité avant la fin du siècle!)! Et tant pis si l'efficacité énergétique est une chance unique de développer de l'emploi local par la rénovation du bâti existant! Et tant pis si les énergies renouvelables sont devenues plus performantes et moins coûteuses que les énergies fossiles et nucléaires! L'Europe, bloquée par les grands pays, est en train de perdre la bataille du climat par son incapacité à penser le monde d'après Paris. Sauf que cette fois-ci, c'est l'ensemble de l'humanité qui en payera les conséquences.

 

Vivent les petites nations!

 

C'est pourquoi l'Europe, mais plus largement le monde, devrait s’appuyer beaucoup plus sur les petites nations qui ont un rôle primordial dans l'application de l'accord de Paris. Tout d'abord, parce qu'en nombre, les petites nations sont majoritaires et peuvent ''contraindre'' les ''grands pays'', gros pollueurs, à suivre leur exemple. Ensuite, et surtout, parce que par leur petite taille, elles ont les moyens de mettre en place des alternatives technologiques, économiques et sociales nécessaires à une véritable transformation écologique de la société. Elles sont par essence plus innovantes, plus réactives, plus créatrices.

 

L'Ecosse n'est-elle pas, selon ses propres dires, en train de devenir ''l'Arabie saoudite de l'énergie renouvelable'', c'est-à-dire d’être capable de produire 100% de sa consommation d'électricité à partir d'énergies renouvelables d'ici 2020 ?!

 

Les Canaries, et notamment l'île d'El Hierro, n'ont-elles pas mis en place un programme pour être entièrement autonomes en terme de production énergétique renouvelable?

 

Mais au-delà des nations sans Etat, ce sont aussi les ''petits' pays qui sont les plus ambitieux et les plus en avance en terme de production énergétique durable. Est-ce un hasard si, en Europe, les pays qui produisent le plus d'énergie renouvelable sont dans l'ordre l'Islande, la Suède, la Lettonie, la Finlande, l'Autriche, le Danemark, l'Estonie et le Portugal? Non! Vivent les petites nations!

 

Dans un monde globalisé, et dans un monde qui doit être régulé afin d'éviter les conflits, qu'ils soient militaires ou commerciaux, et répondre aux défis, qu'ils soient climatiques ou humanitaires, les petites nations sont plus adaptées car plus innovantes et plus réactives. Les ensembles continentaux, et particulièrement l'Union Européenne, ont la masse critique pour peser dans les négociations mondiales en portant la voix des petites nations.

 

Et si l'Europe veut mener le combat contre le dérèglement climatique, elle doit définir le cadre -le plus ambitieux possible- dans lequel les petites nations agiront afin de répondre au défi climatique et aux besoins des peuples!

 

L'Europe des peuples, c'est aussi cela: que chaque homme, chaque femme, chaque peuple puisse vivre dignement dans le respect des limites de notre planète!

 

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Roccu GAROBY

 

Vice-Président de l'Alliance Libre Européenne-Jeune